Dans l’auditorium de Dijon où il a son bureau, Laurent Joyeux arpente les coursives techniques qui dominent la grande scène (environ 1 000 m2 de superficie), devant une salle pouvant contenir plus de 1 600 personnes.

Dans l’auditorium de Dijon où il a son bureau, Laurent Joyeux arpente les coursives techniques qui dominent la grande
scène (environ 1 000 m2 de superficie), devant une salle pouvant contenir plus de 1 600 personnes.

Entre le classicisme de son costume sombre sur chemise bleu ciel, et les petites touches qui laissent deviner son côté plus créatif (une mèche au gel un poil rebelle, des lunettes rondes en écaille et de fines blue suede shoes aux pieds), le look de Laurent Joyeux colle parfaitement à sa fonction : directeur général mais aussi artistique de l’Opéra de Dijon, un poste qu’il occupe avec un certain bonheur depuis dix ans déjà et encore jusqu’en 2020 au moins.   

Né en 1973 à Nevers, le jeune homme cultive très tôt son don d’ubiquité entre art et gestion en poursuivant une formation musicale violon-clavecin, ainsi que des études à Sciences-Po Paris. Cette double compétence lui ouvre déjà les portes d’un poste bicéphale, celui de directeur financier et culturel de la Ville de Guyancourt (Yvelines). En 2002, il entre de plain-pied dans l’univers lyrique en relevant le défi de relancer de zéro l’Opéra de Lille moribond. Une mission délicate, loin des vieilles maisons d’opéra empesées, pour laquelle le nouveau directeur administratif et financier peut librement laisser cours à ses idéaux culturels. Cinq ans plus tard, son pari réussi, notre directeur se remet en quête d’un nouveau challenge intégrant une dimension artistique supplémentaire. Ce sera à Dijon, où la Ville souhaite se doter d’un équipement digne d’une grande capitale régionale : « L‘idée n’était pas seulement de professionnaliser cette maison déjà existante, mais aussi de l’ouvrir au plus grand nombre et de l’inscrire dans la dynamique culturelle d’une ville et d’un département en pleine métamorphose. »

Une métamorphose que Laurent Joyeux a pu constater de ses propres yeux : « Entre septembre 2007 et septembre 2008, j’ai vu la ville changer, s’ouvrir à la culture, aux terrasses, à un certain art de vivre citadin en général… Aujourd’hui, nous avons non seulement augmenté la qualité des spectacles produits, mais aussi consacré l’ouverture de l’opéra sur la ville, en le faisant entrer à l’hôpital, dans les maisons de retraite ou les prisons par exemple. Il me semble que ce partage de la culture avec le plus grand nombre est devenu une des caractéristiques de Dijon, qui a beaucoup diversifié son public en étant une des villes les moins chères de France pour l’accès aux musées comme aux spectacles, notamment à l’opéra avec des places à partir de cinq euros ».

La récente nomination de l’opéra de Dijon en tant que « Théâtre lyrique d’intérêt national » semble être un encouragement à poursuivre sa mission. Un travail « sur vingt ans minimum », que le directeur aimerait poursuivre à long terme, même si au final « c’est au politique de décider ». En attendant, sorti de l’auditorium, le citadin Laurent Joyeux profite des joies d’une ville en éclosion, dans un centre-ville à taille humaine qui n’a désormais plus à rougir des équipements des grandes métropoles. On est bien Tintin !