Sa « petite France agricole » est menacée, le président du Conseil départemental de la Côte-d’Or monte aussitôt au créneau pour la défendre. Au prix d’une tenace étiquette de chantre de la ruralité éternelle. En réalité, une grande partie de la vie de l’ancien ministre est associée à Dijon. On a donc demandé au « Sauvadet des villes » d’ouvrir sa boîte à souvenirs.

Par Dominique Bruillot
Photo : Jean-Luc Petit

« On me dit rural mais j’ai passé la moitié de ma vie à Dijon, j’ai même croisé François Rebsamen à Montchapet ». Il est drôle François Sauvadet. On a plutôt de lui l’image d’un tribun montant au créneau dès que sa Côte-dOr, sa chère « petite France » est menacée pour une raison ou pour une autre dans ses équilibres et son intégrité. On l’imagine plus souvent dans ses terres de l’Auxois que dans les rendez-vous « hype » de la ville. Et pourtant, le président du Département de la Côte-d’Or a connu son « premier souffle à l’hôpital de Dijon »

Comme beaucoup de ruraux, finalement, qui n’ont eu d’autre choix que de trouver une maternité digne de ce nom pour hurler à la vie. Mais à part ça ? « J’ai fait mon entrée à l’internat de Montchapet, en sixième, j’avais à peine 12 ans, se souvient le fils d’agriculteurs de Chanceaux, le « surgé » était un passionné de foot dans un établissement pilote qui expérimentait l’autodiscipline. J’en ai déduit que l’autodiscipline avait besoin de discipline ».

Et pan ! Pour peu, la remarque vaudrait pour l’actuel maire de Dijon. Les deux François ont effectivement fréquenté l’établissement à une ou deux années près, sans vraiment se fréquenter eux-mêmes. Sur ce point, ils auront de la suite dans les idées.

Le « géant de l’Auxois » (c’est l’un de ses surnoms affectueux) poursuit le fil de ses mémoires en évoquant mai 68, la troisième, un moment précieux où il «  affine l’art du tarot  ». Puis la terminale, qui met un terme à un internat dont il s’est lassé, entendu par celle qui le sort de là : « Ma mère protectrice, qui m’a trouvé un logement dans l’ancien séminaire, boulevard Voltaire, à l’emplacement actuel de la radio RCF ». Dijon devient alors le théâtre de belles rencontres, même si « le retour à la campagne et les travaux à la ferme me titillaient parfois l’esprit ! » Le lycée demeure un carrefour de cultures, dans une ville joyeuse où le Glacier et l’Embassy sont les points de chute d’une jeunesse enjouée, dans laquelle François Sauvadet se fond avec plaisir.

Double culture

« À 18 ans j’imaginais travailler dans les ressources humaines, je suis allé faire des études à Troyes pour ça », poursuit l’élu. Mais la douce folie des nuits dijonnaises, les déambulations entre la rue de la Liberté, la place Darcy et le Palais des ducs et les restaurants de la bouillonnante rue Berbisey n’ont rien de comparable. Dijon agit toujours comme un aimant.

Un service national à la BA102 le conforte dans son attachement à la ville, puis il revient un temps à la fac. C’est alors qu’il rencontre le journaliste Michel Huvet, au bar du théâtre  : «  Il m’a conduit vers la presse, me proposant de couvrir l’activité culturelle de la ville ». Ce sera une « révélation à la culture et la découverte d’un métier ». François Sauvadet fera son entrée au Bien public en 77, signant sans le savoir, pour un bail de 17 ans de journalisme.

Il y aura ensuite les années heureuses, place Saint-Bernard (1980 à 1982), en famille, et les joies du marché. « Je suivais déjà la campagne de Gilbert Mathieu, le député de la 4e circonscription, un ami de mes parents » resitue celui qui, pour mener un combat personnel contre la maladie, retournera à la campagne avec ses 2 enfants. Un peu plus tard, sans doute conditionné par l’épreuve vécue, il entreprendra une carrière politique le conduisant à la succession du proche député, avec le parcours que l’on sait. Tout ira vite. « Gilbert Mathieu me prend sous son aile en 1992, je quitte le journal en 1994 et je retrouve Dijon en 1998 en tant que conseiller général » .

Le discours prend ainsi une tournure plus politique. « Je suis un homme de double culture, urbaine et rurale, avec plus de 23 ans d’expérience à Paris en tant que parlementaire », rappelle l’ancien ministre de la fonction publique, « et le procès que l’on fait à Poujade est injuste car le Zénith c’est lui, L’Auditorium qui a tant fait débat et est reconnu internationalement c’est lui, le quartier Clémenceau c’est lui, la rocade et la Lino aussi… » Reconnaissant à François Rebsamen d’avoir « réussi à faire sortir la ville de ses murs », saluant « l’idée sympa » du brunch des halles le dimanche, François Sauvadet a quelques critiques sous le coude dont « la rue de la Liberté qui a perdu de son âme et un urbanisme dogmatique ».

Mais là n’est pas le propos. Le voilà rétabli dans son rapport à la ville, assurant que « les plus Dijonnais d’entre nous sont d’origine rurale car la chance de Dijon, c’est la Côte-d’Or ». Voilà qui est dit.