Ayant goûté au sens de l’accueil des Bourguignons, l’imposant producteur de cinéma s’est installé dans le décor médiéval de Semur-en-Auxois pour transformer sa maison, rue de la Fontaignotte, en un lieu de création et de rencontres. Le dessinateur Enki Bilal ayant été l’un de ses premiers invités, Charles Gassot n’est donc pas venu jouer les figurants.

Par Olivier Mouchiquel & Zoé Theurel
Photo : Christophe Remondière

Les cérémonies des Jeux Olympiques d’Albertville et le défilé du bicentenaire de la Révolution française sur les ChampsElysées, propulsant les créateurs Philippe Decouflé et Jean-Paul Goude sous les feux de la rampe, c’est lui. La vie est un long fleuve tranquille, Le bonheur est dans le pré, Tatie Danielle et La Cité de la peur, c’est encore lui. Cédric Klapisch, Etienne Chatilliez, Agnès Jaoui… sans Charles Gassot, l’un des plus puissants producteurs de cinéma, bien des jeunes talents de l’époque seraient peut-être tombés aux oubliettes.

Poulpe créatif

Soutien des plus grands réalisateurs français, de Claude Miller à Patrice Chéreau en passant par Edouard Molinaro et Alain Berberian, Charles Gassot vit en Bourgogne Franche-Comté depuis 35 ans, et depuis quelque temps à Semuren-Auxois où, lors d’une projection du Poulpe avec Jean-Pierre Darroussin, ils avaient été « divinement bien reçus. » Epaulé par un prodige semurois de la maçonnerie d’art, Marc Maillot, il y retape une maison, rue de la Fontaignotte. « Cette ville où je vis est un écrin médiéval absolument exceptionnel ».

« Un écrin médiéval absolument exceptionnel »

La porte est désormais ouverte et la maison accueillera au fil des mois des lectures et des concerts. Au printemps 2016, histoire de frapper fort, Charles invite son ami le célèbre dessinateur Enki Bilal, dont le travail de peintre est aussi recherché et exposé d’un bout à l’autre de la planète, à rencontrer les habitants de Semur.

Pour la première fois au monde, devant des milliers de spectateurs, les toiles d’Enki Bilal sont projetées sur les remparts, les donjons, les immeubles du terrain de pétanque, la façade de la Collégiale Notre-Dame, avec la bénédiction enthousiaste de monsieur le curé. Charles est un homme heureux : « En gros, on a imaginé un musée en plein air, c’est ça qui m’amuse. Je trouve intéressant de présenter des artistes aux gens qui en sont loin, ça nourrit le débat. Ils vont dire ça je n’aime pas, ça j’aime bien. L’art n’est pas fait pour plaire, il est fait pour que ça touche. Plaire, c’est de la vente, on s’en fout. L’art, pour moi, c’est un combat.  » Et comme disait Picasso, l’art contemporain, c’est comme le chinois, ça s’apprend.

« C’est totalement mégalo mais j’assume : l’objectif, c’est de faire connaître Semur-en-Auxois par l’art contemporain et le médiéval ». Et de faire vivre économiquement les centres-villes, en inventant des événements fous avec des artistes internationalement connus, pour attirer les touristes français et étrangers. « Les Parisiens ne savent pas que Montbard est à une heure cinq de chez eux ! »

Dans sa maison de la rue de la Fontaignotte, Charles Gassot veut faire la démonstration que Semur-en-Auxois est non seulement « un écrin médiéval exceptionnel » mais une ville instinctive d’un point de vue culturel. ©Christophe Remondière

Dans sa maison de la rue de la Fontaignotte, Charles Gassot veut montrer que Semur-en-Auxois est non seulement « un écrin médiéval exceptionnel » mais une ville instinctive d’un point de vue culturel.

« Ils vont m’entendre »

Ce que Charles espère, « c’est que des gamins des HLM ou de petites villes autour disent : « Moi aussi, j’ai envie de projeter mes mangas sur le mur d’en face ». Si nous suscitons des vocations, alors nous aurons gagné. On ne détruit pas un mur, on anime une ville. »

Au sein des Amis de la Fontaignotte, Charles s’est entouré de Jules, son fils romancier, de Marc Maillot et de Fabienne Tsaï. Cocréatrice du département distribution et production des films français au sein de Warner Bros, directrice des développements et de la production des films français entre 1997 et 2005, Fabienne fut notamment productrice associée du film Le boulet, coproductrice de La classe de neige et productrice du film de Jean-Pierre Jeunet Un long dimanche de fiançailles. Aujourd’hui, Fabienne Tsaï explore les extensions de réalité à 360° et les univers virtuels du cinéma et des jeux vidéos.

Et depuis Semur-en-Auxois, tout ce petit monde mitonne des projets démesurés pour faire découvrir la Bourgogne-Franche-Comté à ses habitants, et aux touristes du monde entier. Le reste de l’année, très engagé dans ses démarches, Charles Gassot, s’occupe à Madagascar de son association Ecoles du monde. En 20 ans, lui et son équipe y ont construit 170 puits, formé 50 instituteurs, fondé 15 sites en brousse regroupant chacun «  une école, une château d’eau, des sanitaires, une infirmerie, produisant de l’énergie solaire. » Soit pas moins de 2 500 enfants scolarisés de la maternelle à la terminale.

Charles Gassot, c’est un peu l’ours gentil de la forêt qui secoue les troncs d’arbres en rigolant : « Ils ont voulu que je vienne à Semur, ils vont m’entendre. Je vais faire d’autres choses. On ne va pas lâcher comme ça ».


Les Amis de la Fontaignotte
4 rue de la Fontaignotte
21240 Semur-en-Auxois
lesamisdelafontaignotte@gmail.com